Ghetto juif
- old-town
- Prix: 10 - 12 € pour le musée juif et la visite guidée des synagogues; la place elle-même est en accès libre
- Horaires d'ouverture: 10:00 - 17:30, fermé le samedi
Histoire
Le 29 mars 1516, le Sénat vénitien promulgua un décret confinant les habitants juifs de la ville sur une petite île du quartier de Cannaregio, à l'emplacement d'une ancienne fonderie. Ce fut, pour la première fois en Europe, une communauté juive contrainte par la loi à vivre dans un quartier ségrégué et fermé — et le nom de ce lieu donna au monde le mot "ghetto" lui-même, aujourd'hui utilisé partout pour désigner des quartiers ségrégués.
Cette première enceinte, plus tard appelée Ghetto Nuovo, se révéla trop petite presque immédiatement. Venise annexa le Ghetto Vecchio voisin en 1541 et, en 1633, ajouta une troisième zone, le Ghetto Nuovissimo, pour accueillir une population croissante de juifs ashkénazes, italiens et séfarades, dont beaucoup fuyaient des persécutions ailleurs en Europe. En 1555, le quartier comptait 923 habitants dans une ville d'environ 160 000 âmes ; ce nombre continua d'augmenter au siècle suivant, atteignant plusieurs milliers de personnes à son apogée, au milieu du XVIIe siècle.
Cinq synagogues, cinq communautés
Comme l'emprise du ghetto ne pouvait jamais s'étendre horizontalement, sa communauté construisit en hauteur, élevant autour du Campo del Ghetto Nuovo des immeubles de sept ou huit étages — exceptionnellement hauts pour la Venise de l'époque. Cinq synagogues historiques, ou scholae, y furent fondées entre le XVIe et le XVIIe siècle pour servir des communautés différentes : la Scuola Grande Tedesca et la plus petite Scuola Canton pour les juifs ashkénazes venus des terres de langue allemande, la Scuola Italiana pour les fidèles du rite italien, et la Scuola Spagnola et la Scuola Levantina pour les juifs séfarades ayant fui l'Espagne, le Portugal et le Levant ottoman.
Comme la loi juive veut que rien ne s'interpose entre une synagogue et le ciel, les cinq furent construites au dernier étage d'immeubles d'apparence par ailleurs ordinaire, sans façade majestueuse pour les signaler depuis la rue — une discrétion qui les rend aujourd'hui encore facile à manquer. La Scuola Spagnola et la Scuola Levantina servent encore occasionnellement pour les offices ; les cinq ne se visitent que dans le cadre d'une visite guidée organisée par le musée juif situé sur la place.
Le saviez-vous ?
Le mot "ghetto" serait généralement issu du vénitien "geto" ou "getto", signifiant "coulée" ou "fonte", en référence à la fonderie de cuivre qui se trouvait autrefois sur ce site et qui coulait des canons pour la marine de la République. La théorie n'est pas parfaitement nette — le "geto" vénitien se prononce avec un g doux, tandis que "ghetto" a un g dur —, si bien que quelques linguistes ont proposé d'autres origines au fil du temps, mais l'explication de la fonderie demeure de loin la plus largement admise.
Jusqu'en 1797, les portes du ghetto étaient verrouillées chaque nuit par des gardes chrétiens, dont les gages étaient payés par la communauté juive elle-même, et les canaux environnants patrouillés en barque pour faire respecter le couvre-feu ; les portes rouvraient chaque matin au son de la Marangona, la grande cloche du campanile de Saint-Marc. Elles tombèrent définitivement le 11 juillet 1797, arrachées dans la liesse populaire, quelques semaines à peine après la conquête de la République par Napoléon.
Bon à savoir
Le musée juif et les visites guidées des synagogues sont fermés le samedi pour le Shabbat, ainsi que lors des fêtes juives ; mieux vaut donc prévoir une visite en semaine ou le dimanche. Des visites en anglais et en italien ont lieu régulièrement dans la journée et constituent le seul moyen de voir l'intérieur des synagogues, aucune d'elles ne pouvant être visitée de manière autonome.
Une petite communauté juive vit encore aujourd'hui autour de la place, avec une boulangerie casher et quelques boutiques de judaïca. Sur le campo lui-même, un mémorial composé de panneaux en bronze en relief du sculpteur Arbit Blatas, installé en 1980, commémore les quelque 246 juifs vénitiens déportés vers les camps de concentration nazis le 5 décembre 1943 et le 17 août 1944, selon les noms qui y sont gravés ; seule une poignée d'entre eux auraient survécu. C'est une étape sobre et recueillie, qui fait pleinement partie de toute visite du ghetto.